Candidatures

Le projet Suisse 2030, les Jeux dans tout un pays

— Publié le 5 septembre 2023

Un passé plombé par les échecs et les déceptions l’a rendue prudente. On peut le comprendre. Mais la Suisse rêve encore des Jeux olympiques d’hiver. Depuis le printemps dernier, elle en rêve même tout haut. Et ne craint pas de jouer la carte de l’audace.

Entrée en mars dernier en phase de dialogue dit « continu » avec le CIO pour les Jeux d’hiver 2030, la Suisse bouscule les codes. Au mois d’août, son comité national olympique, Swiss Olympic, a dévoilé un concept inédit pour tenter de rafler enfin la mise : les Jeux non pas d’une ville, ni même d’une région, mais d’un pays tout entier. Les Jeux d’hiver de la Suisse. Un rendez-vous olympique et paralympique à l’échelle nationale, avec des épreuves dans toutes les zones linguistiques.

Comment ? Le média helvétique Watson.ch a eu accès au dossier. Le document d’une centaine de pages, destiné à servir de « plan directeur » pour une éventuelle candidature, propose une carte des sites d’un genre nouveau, où les épreuves seraient éparpillées un peu partout dans la confédération.

Au total, le projet Suisse 2030 prévoit quatorze sites de compétition. Ils concernent neuf cantons : Berne, Grisons, Obwald, Saint-Gall, Uri, Vaud, Valais, Zoug et Zurich. La décentralisation, longtemps observée au CIO avec des regards méfiants, voire hostiles, est devenue tendance. Elle aurait le mérite de faire profiter des Jeux un nombre record de villes et de régions.

Le coeur de l’événement devrait battre à Zurich. La ville la plus peuplée de Suisse, avec plus de 400.000 habitants, accueillerait au stade du Letzigrund les cérémonies d’ouverture et de clôture. Elle hébergerait également le plus vaste des villages des athlètes. Plusieurs autres centres d’hébergement des délégations sont envisagés à Crans-Montana, Davos, Laax, Saint-Moritz, Engelberg et Kandersteg. Pour certains d’entre eux, le dossier prévoit des constructions temporaires, détruites ou reconstruites ailleurs après le rendez-vous paralympique.

La partie alémanique de la confédération helvétique hériterait du plus grand nombre de sites. Mais la Suisse romande n’est pas effacée du dispositif. Elle recevrait le ski alpin, dont toutes les compétitions se dérouleraient à Crans-Montana. Lausanne, capitale olympique, obtiendrait une partie du hockey-sur-glace, dix ans après avoir organisé les Jeux de la Jeunesse d’hiver.

Pour le reste, le projet reste sagement dans les clous de l’Agenda 2020+5 du CIO et de ses exigences en matière de durabilité et de respect de l’environnement. Il n’envisage aucune nouvelle construction d’équipements sportifs. L’anneau de glace du patinage de vitesse serait temporaire, installé le temps des Jeux dans une structure couverte de la ville de Berne. Le bobsleigh, la luge et le skeleton seraient disputés sur la piste historique de Saint-Moritz.

A ce stade du processus, la Suisse n’est pas encore officiellement candidate. Elle discute et échange avec le CIO, comme le font la Suède et la France, les deux autres invités surprises d’une campagne longtemps dominée les Japonais de Sapporo. Les Américains de Salt Lake City, entrés nettement plus tôt dans la bataille, ont plusieurs longueurs d’avance. Mais ils lorgnent plutôt sur l’édition suivante, en 2034, moins concurrentielle sur le plan commercial avec les Jeux de Los Angeles 2028.

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour le projet suisse. Une étude de faisabilité est attendue pour le mois d’octobre. Le Conseil exécutif de Swiss Olympic, puis le Parlement du sport, décideront dans la foulée s’il est opportun de poursuivre. Il leur faudra également trancher la question du calendrier. Avec un scénario à trois options : jouer à fond la carte des Jeux d’hiver 2030, où le terrain n’a sans doute jamais été aussi dégagé, ou se montrer patient et viser plutôt 2034, voire 2038.